S2 Episode #3 – Matériel outdoor : produire localement, c’est possible ?

Avant même l’arrivée de notre fameux « accélérateur à emmerdes » (©Benjamin Blanc) qu’est le Covid, une tendance se dessinait : le retour à une production proche (France et Europe). Start-ups et acteurs majeurs cherchent à jouer la carte du local. Est-ce vraiment possible ? Et à quelles conditions ? Au micro pour nous éclairer : Julien Durant (Picture), Vincent Defrasne (Ayaq), Gilles Réguillon (Chamatex) et Grégory Pessey (Jonathan & Fletcher).

S'abonner via iTunes
S'abonner via Soundcloud
S'abonner via Spotify
S'abonner via Deezer
S'abonner via YouTube

Picture revendique depuis sa création sa volonté de créer des produits respectueux de leur environnement mais ne produit pas en France (à l’exception de tours de cou) et peu en Europe (son usine historique étant en Turquie). A travers l’exemple d’un tee-shirt en coton certifié bio, Julien explique la « cascade de marges » et pourquoi Picture ne produit pas en France. « Un tee-shirt en coton nous l’achetons en usine 7,50€, on le vend 13€ au magasin qui l’étiquette 30€ pour le consommateur final. Sur ces 30€ il y a déjà 6€ de TVA donc en réalité il le vend 24 et, là dessus l’entreprise paie toutes ses charges fixes (loyer, salaires des vendeurs etc.)… Ce système à 3 échelles fait que d’un produit à 7,50€ il finit à 30€ dans les rayons. »

Une marque française qui développe des produits emploie des designers, des modélistes, des chefs de produits, des commerciaux, des communicants et elle permet aux magasins de travailler. Julien différencie le lieu de production de la valeur générée par le cycle de vente dans son entier : «  ce qui crée de l’emploi, ce qui crée de la taxe, ce qui crée de l’impôt pour notre Etat, c’est la valeur (…) sur les 7,50€ du tee-shirt, l’usine gagne 3€. En revanche derrière la marque qui vend gagne 6€, paie des impôts et le magasin en France paie des employés et des impôts. Donc la valeur générée sert à financer de l’emploi, de l’immobilier, de l’impôt, de la taxe. Il y a un enjeu de production (qui est un enjeu environnemental à produire près du lieu où on vend) mais aussi un enjeu de valeur. »

En conclusion : « Ne pas mettre tous nos oeufs dans le même panier et imaginer un modèle économique différent avec de la production locale en vente directe, ça peut être aussi un élément qui sécurise l’entreprise, ses emplois, ses détaillants et ses partenaires. »

Photo de Julien Durant Picture
Julien Durant, Picture

Si le modèle Picture, basé sur le volume tout en maintenant des prix accessibles avec des matières plus respectueuses de l’environnement, ne permet pas de produire localement, de nouvelles marques se créent aujourd’hui, avec dans leur ADN une fabrication locale à l’échelle européenne. C’est l’objectif de la marque de vêtements de ski de randonnée, Ayaq, qui vient d’être créée par Vincent Defrasne, ancien biathlète champion olympique. 

« L’usine avec laquelle on va travailler est au Portugal, on n’a pas trouvé plus près. Nous n’avons pas trouvé en France aujourd’hui la technicité nécessaire à des vêtements durables et performants. » Vincent choisit de produire en Europe pour « diminuer les distances », « le fil de polyester est produit vers Turin, envoyé en France pour être tissé puis il est confectionné au Portugal. Ce qui, dans l’univers du textile, est un cycle très court ». 

En terme de coût pour le consommateur, les produits proposés par Vincent sont de moyenne voire haut de gamme. L’objectif étant de « faire des vêtements exigeants et de qualité, avec la contrainte de la production locale… Donc tout ça mis bout à bout donne un vêtement performant au niveau environnemental et ça a un certain prix (…) Dès le début et pour toujours, ce qu’on veut c’est limiter les impacts environnementaux de la marque et de ses vêtements. Et le côté transport, des vêtements, des matières est l’un des gros enjeux ».

Produire de façon plus raisonnée, c’est également sourcer des matières en local. Gilles Réguillon dirige Chamatex, c’est un industriel spécialisé dans les tissus techniques, fabriqués en France, pour le secteur de l’ameublement ou de l’outdoor. Il fabrique donc une matière première de l’outdoor. Son produit-phare, un tissu breveté utilisé sur les chaussures de running s’appelle Matryx.

Gilles revient sur la hausse de la demande pour une fabrication en France, « la nouvelle génération est de plus en plus sensible à ce côté, made in France. » Comment faire pour proposer du Made in France accessible à tous ? « Il faut imaginer de nouvelles façons de produire. L’automatisation est l’un de ces leviers pour diminuer les coûts. Il faut avoir une cadence suffisamment importante pour amortir au maximum les investissements. » Non seulement c’est possible mais Gilles Réguillon y croit et y investit fortement. Ainsi, la nouvelle usine que Chamatex ouvrira en 2021 permettra de produire en France des chaussures de sport à un coût raisonnable

Les avantages de la production en local ou en France, ne se limitent pas à la création d’emploi, cela apporte également une agilité certaine dans le développement des produits. « le délai, la qualité, la flexibilité, tout ça on ne peut l’avoir que quand on a un site de production à côté de la R&D. »

« Aujourd’hui, plus on va loin dans la maitrise de la fabrication plus on maîtrise son destin »

Pour finir, nous sommes allés à la rencontre de Gregory Pessey de Jonathan & Fletcher. Ce studio de design créé en 1984, propose un service de recherche et développement de produits pour les marques, de l’idée du produit à sa production, en passant par la recherche des matières. Pour Grégory, la production en France « était déjà un sujet de discussion à la création du studio ! On parlait même d’euromade. Cette crise révèle une réalité : on a délocalisé énormément nos savoir-faire et quand les pays dans lesquels on a placé nos savoir-faire et nos productions, s’arrêtent, le reste du monde s’arrête. On n’est plus capables d’avoir des téléphones, du textile, des médicaments ni même des masques ! Quand on exporte ses savoir-faire, on exporte aussi le contrôle qu’on a sur ces savoir-faire. Aujourd’hui on se rend compte que certaines marques ne sont plus propriétaires de leur patrimoine de marque (le patronage par exemple)… Du coup, pour relocaliser leur production en Europe elles doivent repasser par la case de développement… »

Quand la France s’habillait encore toute seule (1956)


Le mouvement de relocalisation en France est, pour Grégory, « complètement réaliste. Les grandes marques veulent rapatrier une partie de leur production pour plus de contrôle, plus de sens et arrêter la surproduction. Il est possible de produire en France, en Italie, en Roumanie, au Portugal, en Pologne… des pays disposant d’un bon savoir-faire, de très beaux ateliers. Les jeunes sociétés qui se créent post-Covid, se disent « on doit être en mesure de produire des séries en France, peut être des plus petites séries… ça permet de faire du test & learn pour permettre au produit d’évoluer en fonction du retour du consommateur. Au final, c’est beaucoup plus juste, avec plus de sens ». Il conclue ainsi : « la production en France, oui pour du produit à forte valeur ajoutée. Il y a de très belles maisons qui savent fabriquer en Europe ». 

Qu’en dit le consommateur ? Est-il prêt à accompagner ce mouvement de relocalisation ? Ce sera nécessaire pour changer les choses, insiste Julien Durant : « le consommateur a un droit de vie ou de mort sur un produit avec son porte-monnaie. Si aujourd’hui il dépense de l’argent dans des choses qui n’ont pas de sens et qui viennent de l’autre bout du monde, ça veut dire qu’il s’en fout. Si à l’inverse il ne dépense que dans ce qui a du sens, à ce moment là les bases changeront. Le pouvoir est dans les mains du consommateur. » 

On pourrait nuancer en précisant que le consommateur ne peut consommer que ce qu’on lui propose à la vente. Malgré tout, il s’agit bien d’un défi impliquant tout le système économique tel qu’il est organisé aujourd’hui… et chaque acteur de ce système détient une partie de la solution.  

Texte : Clothilde Drouet


Ressources complémentaires

Page Made in France sur le site de Picture

Les vêtements « Ayaq « nouveau défi pour Vincent Defrasne
Site Jonathan & Fletcher

S2 Episode #2 – Stations de ski : un modèle économique en bout de piste 2/2

Outdoor Podcast revient pour une nouvelle saison, toujours consacrée aux tendances de l’outdoor. Les deux premiers épisodes se penchent sur l’avenir du modèle économique des stations de ski. Au micro de ce second épisode : la régie des pistes de la vallée des Belleville (Les Menuires, Saint-Martin et Val Thorens) et la Rosière.

S'abonner via iTunes
S'abonner via Soundcloud
S'abonner via Spotify
S'abonner via Deezer
S'abonner via YouTube

Après un premier épisode consacré aux stations de moyenne montagne (accéder au premier épisode), nous sommes montés en altitude afin de poursuivre notre questionnement sur le modèle économique des stations de ski datant des années 60. Un questionnement qui semble d’autant plus pertinent que la pandémie de Covid-19 a entraîné la fermeture prématurée des stations, privant les plus élevées en altitude de quelques mois d’exploitation. Un défi supplémentaire qui, à court terme, prive les stations de 10 à 25% de leur chiffre d’affaires annuel, et dont les effets à long terme sont incertains. Preuve, s’il en était encore besoin, que la baisse de l’enneigement n’est pas le seul risque pesant sur le futur de nos stations. Pollution, renouvellement des générations de skieurs, problématiques énergétiques, ces questions sont plus que jamais d’actualité.

Pour Benjamin Blanc, directeur de la régie des pistes des Belleville (qui regroupe les stations de ski de  Val Thorens, Saint-Martin et les Menuires), le Covid-19 est un accélérateur de tendances. Le changement du modèle économique est une question de survie pour les stations. “Une entreprise qui sait se transformer sait tuer sa vache sacrée (…) Moi, ma vache sacrée, c’est la journée de ski. Il va falloir que l’on réinvente la journée de ski-type de nos clients de demain. (…) Commencer plus tard le matin, prendre une remontée mécanique, sortir de son sac à dos une paire de peaux de phoque. Se faire 200 m. de dénivelé sur un itinéraire sécurisé à la montée et à la descente, reprendre une remontée mécanique… Nous avons là une formidable opportunité de réinventer notre job pour enchanter le client et continuer à exister sur le marché du tourisme.

Il énumère les autres défis auxquels les stations de ski doivent faire face : la pollution (“90% des émissions de Co2 sur le domaine skiable c’est le damage, donc on se doit de bosser là dessus et fortement”), le renouvellement des skieurs (“à nous de leur donner envie de venir”), les fameux lits froids (“on ne sait pas les réchauffer, mais on sait construire de nouveaux lits chauds. C’est une fuite en avant”) et plus généralement la question énergétique (“nous sommes en train de construire un ascenseur valléen depuis la Maurienne pour accéder à nos stations sans voiture”). 
Pour lui, la station de ski (ou “de montagne”) de l’avenir, doit prendre en compte toutes les dimensions de la vie… et pas seulement le tourisme.

« la vallée des Belleville de demain, sera une vallée où il fait bon vivre, bon travailler, bon étudier, bon passer ses vacances ».

Pour Jean Regaldo, directeur du domaine skiable de la Rosière, la transformation des stations de ski passe par une transformation de l’immobilier, comme c’est en cours à La Rosière avec la construction d’un Club Med, projet qu’il défend. “Aujourd’hui, le Club Med est un acteur majeur dans une station, apporteur de lits chauds et de retombées économiques. Ils ont des taux de remplissage exemplaires : 80-85% l’hiver et 60-65% l’été. Quand vous amenez 600 personnes, l’été, dans un village comme la Rosière, l’impact économique est majeur. Il faut construire de nouveaux lits chauds, mais pas n’importe lesquels, il faut aller sur de l’hôtellerie, du village club, des colonies de vacances”.

Sur les autres défis, son constat est lucide, “c’est aujourd’hui, qu’il faut agir, le modèle est viable pour les 30 prochaines années. Au-delà de 2050, c’est la grande inconnue. Si on ne fait rien on peut se retrouver dans des scénarios à 2100 assez catastrophiques. Par exemple, le transport en station. A la Rosière 10% seulement des skieurs viennent en train alors que le TGV s’arrête à Bourg-Saint-Maurice ! Il faut mettre tout le monde autour de la table”, plaide-t-il en écho à Benjamin Blanc. Tous deux savent parfaitement que l’enjeu essentiel sera de faire avancer dans la même direction tous les acteurs de ces écosystèmes éminemment fragmentés que sont les stations de ski françaises. 

Les enjeux sont connus, les acteurs réfléchissent, cette crise sera probablement l’occasion d’accélérer les changements, d’imaginer et mettre en place des modèles économiques nouveaux pour que les stations de ski (ou de montagne) restent des pôles d’activité attractifs et dynamiques. 

* On considère qu’un lit est “froid” s’il est occupé moins de 4 semaines par an.

« C’est aujourd’hui, qu’il faut agir(…). Au-delà de 2050, c’est la grande inconnue ».

Texte : Clothilde Drouet


Notre revue de presse sur le sujet

Slate – Le changement climatique précipite la chute de l’industrie du ski
Les Echos – Les stations de ski françaises face à leur avenir
La Conversation – Quand l’économie française du ski file tout schuss vers l’abîme
Le Monde – Stations de ski : en dessous de 1300 mètres, pas de salut

S2 Episode #1 – Stations de ski : un modèle économique en bout de piste 1/2

Outdoor Podcast revient pour une nouvelle saison, toujours consacrée aux tendances de l’outdoor. Les deux premiers épisodes vont être consacrés à la question brûlante du moment : l’avenir du modèle économique des stations de ski.
Au micro de ce premier volet : Les Gets et Combloux.

S'abonner via iTunes
S'abonner via Soundcloud
S'abonner via Spotify
S'abonner via Deezer
S'abonner via YouTube

Nous en parlions déjà en 2016 dans l’article intitulé « Stations de ski un avenir en pente sèche ? ». Aujourd’hui, le diagnostic est encore plus sévère : le modèle économique du sport d’hiver imaginé dans les années 60, est à bout de souffle. Les conditions chaotiques de cet hiver (météo, fréquentation, virus) qui ont suivi des vacances de Noël record, touchent toutes les stations.

Les chantiers sont donc nombreux pour inventer la station de demain : désintérêt des jeunes pour le ski, saisons enneigées qui raccourcissent, problématiques énergétiques et de développement durable… Comment faire des stations de ski des pôles d’attraction pour les urbains et les fameux millenials (même si on sait pas trop qui ils sont, on aime bien faire les malins) ? Comment faire pour que les stations continuent d’être des moteurs économiques ?

Christophe Lavaut, Directeur de l’office du tourisme de Combloux, travaille dans le tourisme depuis plus de sept ans, et a une vision précise des problèmes rencontrés par les stations. Il considère que les stations ont à faire un véritable travail de refonte de leurs offres pour les adapter aux besoins et habitudes de consommation des plus jeunes. Il faut : « décomposer ce qu’on offre, arrêter de vouloir imposer le sacro-saint 6 jours samedi/samedi (…) pour proposer des forfaits à la remontée mécanique. Parce que les gens aujourd’hui, ont l’habitude de payer pour ce qu’ils consomment. »

Au-delà de la sauvegarde du modèle existant, il est nécessaire de miser sur des idées nouvelles pour ne pas réduire la montagne au seul ski. « Les Vosges, le Jura, la Bresse et les Pyrénées, sont déjà rentrés dans une logique de diversification et d’alliance des stations pour pallier les difficultés des dernières années ».

Enfin, la crise énergétique arrivera sûrement avant la disparition complète de la neige. « Aujourd’hui, le tourisme c’est énergivore (…). Le vrai enjeu, qui va venir beaucoup plus vite que les conséquences du réchauffement climatique, ce sera la crise énergétique qu’on va subir (…). D’ici 15 ans, je ne sais pas combien va coûter le litre d’essence, mais ça va faire mal… ».
D’où l’importance de trouver de nouveaux modèles.

De son côté Benjamin Mugnier, Directeur Marketing de la SaGets (gérant le domaine skiable de la station des Gets), s’inquiète des premiers débuts de saison avec peu de neige mais aussi de la concentration des clients sur des périodes très réduites. « C’est une grande flexibilité organisationnelle qui permettra aux stations de rester attractives même lors d’hivers sans neige. La station de ski devient petit à petit une station de montagne multidisciplinaire, où l’on peut skier si les conditions s’y prêtent ».

Des stations de ski dépendent aujourd’hui des régions entières en termes de richesses et d’emplois.

« On a tout à réinventer, on a le savoir-faire, on sait accueillir des gens, (…) proposer des nouvelles expériences, à nous de trouver le bon mix (…) pour qu’on fasse vivre en même temps tout le territoire ».

Accessibilité à la montagne, diversification des expériences pour proposer des activités, au delà du seul ski, union des stations pour créer des pôles d’attractivité en montagne… Les stations de moyenne montagne, testent et déploient les idées fondatrices de la station de ski de demain.
Parviendront-elles par ce biais à relever les défis liés au développement durable et à l’énergie ? Et à diversifier leur clientèle pour survivre aux changements à venir ?

Dans le prochain épisode de Outdoor Podcast, nous poserons la même question à des stations de haute montagne. On entend depuis des années cette fine analyse de la situation par les intéressés eux-mêmes : « On est mauvais mais on continue à gagner de l’argent, alors pourquoi se remettre en question ? ». Elle est en train de changer…

Texte : Clothilde Drouet


Vers une diversification de l’offre

Deux exemples de la diversification menée par Combloux et Les Gets :

Les légendes de Combloux :

Le parcours nocturne enchanté Lumina qui arrive aux Gets pour l’été 2020 :

Notre revue de presse sur le sujet

Slate – Le changement climatique précipite la chute de l’industrie du ski
Les Echos – Les stations de ski françaises face à leur avenir
La Conversation – Quand l’économie française du ski file tout schuss vers l’abîme
Le Monde – Stations de ski : en dessous de 1300 mètres, pas de salut

S1 Episode #6 – Urbex, l’esprit outdoor en ville

S'abonner via iTunes
S'abonner via Soundcloud
S'abonner via Spotify
S'abonner via Deezer
S'abonner via YouTube

Il est 7h30, le soleil se lève. Alors qu’il fait encore sombre, froid et humide, et que la gare de RER de Nanterre se trouvent à quelques centaines de mètres seulement, le petit groupe d’explorateurs se tient prêt pour une session d’Urbex. L’Urbex, ou exploration urbaine, consiste à se faufiler dans des bâtiments abandonnés, sans rien toucher, en ne laissant que ses propres traces de pas.

C’est Clément Dumais, un passionné, qui mène la marche : « On est actuellement dans une ancienne fac d’architecture. Elle est à l’abandon depuis 2003 ou 2004 ». Comment un tel bâtiment peut-il être abandonné en pleine ville, Clément répond : « C’est vrai que c’est assez étonnant, mais quand on commence à pratiquer ce genre de discipline on se rend compte que c’est très commun. Les villes sont des gruyères, il y a beaucoup d’endroits abandonnés comme celui-ci. Il faut juste avoir l’oeil et on en trouve rapidement ».

Cloisons éventrées, plafonds effondrés, graffitis : la visite se fait lentement et les visiteurs ont la sensation d’explorer les vestiges de Pompéi. L’ambiance n’est pas glauque, elle invite plutôt à la contemplation et à la réflexion. Certains membres de cette expédition d’Urbex, Georgia, Damien et Alexis, sont impressionnés par ce qui se dégage de cette ruine.

Pour Georgia, cette sortie urbaine restera marquée dans ses esprits : « Nous sommes dans un lieu dépaysant, tout en restant aux portes de Paris. Il n’y a plus personne, on est un petit peu dans une ambiance de fin du monde. On voit encore les radiateurs, les toilettes laissés dans l’état. Il y a des herbes de partout, des vitres cassées, c’est assez perturbant ».

Damien partage l’avis de sa camarade d’aventure : « Ce lieu est incroyable ! Tout d’abord on se demande comment une telle structure a pu être abandonnée aussi longtemps. Ca met en relief les problèmes de la société : il arrive souvent qu’on abandonne de tels bâtiments alors qu’il y a pleins de gens qui se retrouvent dans la rue. »

Alors qu’il passe devant une inscription au mur L’enfer est le vide, tous les démons sont ici, Alexis se sent contemplatif : « Je pense que c’est encore plus flippant si tu viens ici de nuit. Mais là, c’est le matin, la lumière est douce, finalement ça nous permet simplement de réfléchir à ce que cet endroit était avant. A ce que les gens faisaient dans ce lieu, qui est aujourd’hui assez lunaire. Donc non, l’Urbex ne me fait pas peur, mais il me laisse songeur ».

Clément, le guide, est vraiment à l’aise dans ce lieu qui est à la fois fascinant, fantomatique et irréel : « Ce qui m’impressionne le plus dans l’Urbex, c’est de trouver les accès pour se rendre dans ces lieux abandonnés. C’est presque comme un jeu de se dire ‘ je pense que cet endroit est abandonné, je vais essayer de m’y infiltrer !’. Il faut ensuite trouver la petite brèche qui permet de s’introduire. Cette phase se rapproche de disciplines sportives telles que le parkour ou l’escalade. On va par exemple utiliser des méthodes de grimpe urbaine pour accéder à des lieux sans commettre d’infractions. Le but est justement de montrer qu’il existe un accès possible sans détériorer les bâtiments. »

Lorsqu’il arrive à s’immiscer à l’intérieur d’un lieu, l’explorateur urbain se sent alors comme un aventurier qui trouve son trésor : « Une fois entré dans le bâtiment, on peut se dire que l’on fait partie des premiers explorateurs à découvrir ce lieu. On peut faire des photos, qui imagent les traces du passé. Il arrive même que nous trouvions des vêtements SS ou ce genre de choses, qui restent très bien conservés. On retrouve également des objets plus classiques, notamment dans les appartements abandonnés. »

Clément affirme ensuite que, pour ceux qui savent garder l’oeil curieux, la ville est un véritable terrain de jeu : « Quand on creuse on se rend vite compte qu’il y a énormément de lieux qui sont laissés à l’abandon, même en pleine ville. Dans le monde citadin, il n’y a pas que le trajet métro-boulot-dodo qui est possible, il existe d’autres choses à découvrir ! Il y en a qui prennent plaisir à aller en Haute Montagne pour faire des randonnées, mais même dans la ville on peut trouver plaisir à se balader, dénicher des trouvailles et avoir ce point de vue différent sur son environnement. »

Pour Laureline Chopard, consultante et spécialiste des pratiques sportives, l’Urbex coche beaucoup de cases pour les jeunes urbains. C’est en quelques sortes une version locale et bétonnée des sports de l’outdoor : « L’exploration urbaine est très intéressante parce que c’est un moyen de pratiquer l’outdoor en bas de chez soi. Ca permet de se remettre dans un état d’esprit d’explorateur et d’aventurier. Avant, les endroits sauvages qu’on recherchait c’était des endroits vierges. Aujourd’hui, ce sont des lieux abandonnés. »

« Ce qui est intéressant, poursuit-elle, c’est que dans un univers urbain qui est de plus en plus aseptisé, où les jeunes sont très encadrés, où on leur laisse le moins d’autonomie possible, l’Urbex est un moyen de retrouver et d’explorer la liberté à deux pas de chez eux. C’est rapide, pas très loin, avec de l’interdit. L’outdoor n’est pas que sportif, pour beaucoup de gens il se rapproche plus de cette activité urbaine qui fait partie intégrante de leur quotidien ».

Et le lien entre l’univers de l’outdoor et l’Urbex va encore plus loin, puisque les vêtements portés par les pratiquants avertis, comme Clément, utilisent des technologies issues des industries des sports d’extérieur : « Nous, les explorateurs urbains, on s’équipe réellement dans les rayons outdoor. En termes de matériel, on recherche quelque chose proche du corps pour éviter de se prendre dans les grillages quand on a besoin d’en escalader pour entrer dans un lieu. On se tourne vers des vêtements assez techniques, moulants, chauds et légers. Il faut qu’on soit libres dans nos mouvements lorsqu’on est en train de grimper, donc c’est bien de choisir des textiles stretchs. »

Pascale Graffman, responsable marketing Europe de la marque Columbia, s’intéresse de près à cette nouvelle tendance des explorations urbaines : « On sait aujourd’hui que 76% des gens dans le monde habitent en ville. C’est donc devenu une réelle problématique dans notre société de devoir équiper les gens qui veulent pratiquer des sports inspirés de l’outdoor dans des conditions urbaines ».

Pascale faisait partie du groupe d’apprentis explorateurs, guidés par Clément, ce matin-là. Elle ressort de cette expérience forte de sensations nouvelles : « Ca m’a inspiré beaucoup de joie et d’optimisme, parce que j’adore voir la nature reprendre ses droits. Ici, même si c’est encore à petite échelle, à certains endroits on peut voir la nature se réinventer, s’implanter dans d’anciens bâtiments et ça me plait beaucoup ».

Au-delà d’une pratique qui partage des contraintes techniques vestimentaires avec l’outdoor, l’Urbex et l’outdoor partagent le même regard sur le monde, celui du curieux qui veut s’inventer un chemin. Alors que la session d’Urbex touche à sa fin et que nous ressortons par un trou dans le grillage pour rejoindre le RER, nous marchons le nez en l’air, notre oeil aventurier à la recherche d’une prochaine exploration.

Texte : Guillaume Desmurs & Anouchka Noisillier

Photos : © Guillaume Desmurs

S1 Episode #5 – Le risque zéro existe

S'abonner via iTunes
S'abonner via Soundcloud
S'abonner via Spotify
S'abonner via Deezer
S'abonner via YouTube

 

Quand Tony Lamiche lance : « le risque zéro en montagne existe ! », cela prouve d’abord qu’il a un joli talent de provocateur (et de pédagogue) mais aussi que la gestion du risque en montagne est un sujet complexe ! Pas de mode d’emploi. Pas de vérité absolue. Alors que les marques vendent du fast&light et qu’un post Instagram peut peupler un pic, la montagne, elle, ne change pas. C’est un terrain hostile dans lequel nous devons être responsable. Trois guides aux profils très différents nous livrent leur vision et leurs conseils sur la gestion du risque…

« En montagne, en tant qu’alpiniste et guide, on est obligé d’être confrontés au risque, mais aussi de le gérer. On devient donc des gestionnaires du risque, c’est notre métier. On se doit de comprendre ce qui peut nous arriver en cas d’accident : soit à cause d’une menace, soit à cause d’une erreur. Il faut toujours se laisser du temps et de la marge pour garder un coup d’avance. La montagne est un terrain complexe, assez flou, mais qui reste clair pour ceux qui ont conscience du risque. Ils savent mettre l’accent sur ce qui est important de voir, au moment où c’est important de le voir. Et ça, c’est une chose qui s’apprend », explique Tony Lamiche qui vient de sortir sa webserie « Le Guide MicheLa », une petite révolution dans la façon de parler du risque en montagne.

Tony continue à cheminer dans son argumentation et insiste sur l’importance de l’intuition : « C’est quelque chose qui se perd complètement. De nos jours, on a besoin de concret, on apprends surtout à faire des choses techniques. Il nous faut du concret et des chiffres. Mais de savoir repérer la bonne menace au bon moment, ça ne s’apprend pas. C’est notre cerveau intuitif, notre cerveau d’indien qui est important. Il n’y a pas de codes en montagne, il faut avoir l’oeil. »

On n’interdit pas un escalier

Prenez un athlète professionnel signant une réalisation spectaculaire… il y a des chances pour qu’il prenne en réalité moins de risques qu’un amateur qui se sera engagé sur un chemin mal équipé et mal renseigné. Pour l’expliquer, Tony Lamiche compare la montagne à un escalier : « L’escalier en soi n’est pas un danger, il ne va pas nous tomber dessus ou nous faire tomber. Il représente le chemin que l’on a à parcourir. Quand on est assis en haut de l’escalier, à l’arrêt, on est en sécurité. Si personne ne nous pousse, on ne va pas tomber, on ne va pas rouler, on est en situation de tranquillité. A ce moment-là, le risque zéro existe, il n’y a aucune probabilité que l’on tombe. Mais à partir du moment où on se met debout, et que l’on marche dans cet escalier, on accepte de rentrer dans une zone à risque et de gérer le risque. Les probabilités pour que je tombe dans un escalier sont très faible si mon niveau technique est assez élevé, si l’escalier n’est pas savonneux, si je suis réveillé etc … Un enfant, lui, n’a pas le niveau de technique suffisant, on va le parer et mettre une barrière en haut. Une personne âgée, on va aussi l’accompagner parce qu’elle a moins de niveau physique donc plus de probabilités de tomber. Mais on ne va pas interdire l’escalier à un adulte parce qu’il pourrait tomber dedans. »

Lorenz Frutiger ©Mathis Dumat Lorenz Frutiger ©Mathis Dumat

Allez dehors !

Lorenz Frutiger, guide à Grindelwald en Suisse considère qu’il est important de laisser l’accès libre à la montagne pour faire ses premiers pas et apprendre la gestion du risque : « C’est important que tout le monde ait la possibilité d’aller en montagne et d’apprendre de ses erreurs. C’est comme ça que l’on progresse. Apprendre avec un professionnel permet de poser beaucoup de questions, de connaître son avis sur les conditions et sur certaines situations. Mais c’est en pratiquant qu’on apprend le plus, alors ouvrez les yeux et allez dehors ! ».

Sans oublier le temps… et la patience : « On ne peut pas apprendre de notions fixes sur la gestion du risque car c’est trop complexe. Il faut surtout passer beaucoup de temps en montagne. Ce qui change la donne lors d’un accident, c’est peut être la dynamique entre les personnes présentes à ce moment-là, mais ce sont aussi les conditions et la météo. Moi, je suis guide depuis 16 ans maintenant, et toute l’année, à toutes saisons, je continue d’apprendre des choses. Ca ne finit jamais ».

Le rôle des marques

Les fabricants de matériel de montagne ont innové en allégeant et en rendant plus simple et plus efficace l’utilisation de tous les outils nous ouvrant les portes de la montagne (vêtements, chaussures, cordes, crampons, quincaillerie, sac à dos, etc.). Ont-ils une responsabilité ? Tony Lamiche en est convaincu : « Cette problématique s’est très vite posée. Les marques proposent du matériel, mais il faut l’accompagner avec de l’éducation. Nous avons réfléchi à cette question avec Romain Raisson, qui a eu les mêmes questionnements au sein de Salomon dans la catégorie Freeski. On voit des vidéos avec des gens qui envoient en montagne avec notre matériel, sans forcément avoir de bonnes connaissances de la montagne. Alors nous avons monté des formations et créé du contenu pour essayer d’éduquer. S’il est important que la marque s’implique, elle ne doit être la seule : les consommateurs doivent se questionner sur leur propre implication ».

Marque, pratiquants mais aussi athlètes : chacun a sa part de responsabilité dans la gestion du risque. Prenez Michel Lanne, traileur de haut (et grand) niveau, guide et secouriste au PGHM. Il est en première ligne sur la question : « On ne peut pas balancer de nouvelles tendances ou de nouveaux produits comme la Fast & Light et dire « on vous pose ça là, débrouillez-vous ». Au même titre que moi en tant qu’athlète, je ne peux pas poster des images de moi courant sur des arêtes sans ajouter de message de sécurité. Sans expliquer pourquoi j’ai pris tel matériel, pourquoi je vais à tel endroit, ce jour précis, à cette heure précise. Nous, athlètes, nous sommes là pour vous dire que même si cette paire de ski est géniale et qu’elle vous permettra de sauter de super barres rocheuses, il vous faudra apprendre à sauter la barre rocheuse. »

Au-delà du sourire, la formule de Tony sur le risque zéro doit nous amener à réfléchir à la question du risque en montagne : Comment l’apprendre ? Comment progresser ? Comment adopter un comportement responsable ?

Texte : Anouchka Noisillier et Guillaume Desmurs


Cet épisode a été créé avec le soutien de Salomon
Tony Lamiche est un athlète Salomon, et sa web-série, « Le Guide MicheLa », est un bijou de pédagogie. Elle permet d’exposer plusieurs points de vues pour répondre aux interrogations autour de nos pratiques en montagne. Ouvrir le débat, échanger et essayer de comprendre nos comportements et nos prises de décisions en milieu « outdoor ». A découvrir ici !

 

 

Formez-vous aux bons réflexes !

Mountain Academy on Snow maos.salomon.com

Mais aussi… L’ANENA, la Chamoniarde, le bureau des guides près de chez vous, le CAF, la FFME, etc.

S1 Episode #4 – Alpinisme et parapente se redécouvrent

S'abonner via iTunes
S'abonner via Soundcloud
S'abonner via Spotify
S'abonner via Deezer
S'abonner via YouTube

 

Quand le parapente a décollé dans les années 80, il a tout de suite intéressé les alpinistes. Mais ce n’est que depuis une dizaine d’années que les deux s’hybrident vraiment. Un allègement radical du matériel et la révolution du fast&light sont passés par là. Aujourd’hui, les alpinistes prennent la voie des airs pour changer de perspective, découvrir une autre façon de parcourir la montagne et inventer des itinéraires innovants.

Julien Irilli est un excellent alpiniste doublé d’un pilote de parapente de haute-altitude hors-pair. Il représente l’hybridation la plus aboutie des deux pratiques. « Le mariage entre l’alpinisme et le parapente a commencé assez tôt, dans les années 80, avec l’émergence de tous les sports de montagne un peu fun. A l’époque, les gars c’étaient des touche-à-tout, des énervés dans tout ce qu’ils faisaient. Le parapente est donc survenu comme un moyen logique pour redescendre des hautes montagnes. Ceux à l’époque qui tournaient beaucoup dans l’alpinisme et le parapente étaient des gars comme Jean-Marc Boivin ou Christophe Profit. Ils ont fait connaître cette discipline en haute montagne, parmi les alpinistes ».

Ce qui inspire Julien chez ces grandes figures de la montagne, inventeurs du paralpinisme (le terme consacré… et pas très heureux) c’est « le fait qu’ils étaient aventuriers et qu’ils découvraient. Ils voulaient vraiment utiliser tous les moyens possibles pour parcourir la montagne. Ils étaient culottés, parce qu’avec le matériel de l’époque, ce n’était pas rien que d’essayer de décoller de certaines montagnes avec des ailes qui étaient si peu enclines à décoller et à gonfler ».

Clément Latour, parapentiste de haut-niveau et directeur commercial du fabricant annécien de parapentes Sup’air, revient sur les évolutions radicales qu’a connu le matériel de parapente en dix ans : « c’est entre 2008 et 2010 qu’on s’est mis à faire du plus léger. On a d’un côté les fabricants de tissus qui nous offrent des tissus de plus en plus léger et performant. On a aussi tout le travail de conception, qui grâce à ces nouveaux matériaux, permet de concevoir des parapentes finalement plus légers et plus compactes. Ils deviennent alors d’un seul coup des outils très intéressants pour des alpinistes. Les alpinistes ont toujours regardé le parapente comme un outil pour redescendre des montagnes. Mais ce n’était pas forcément envisageable à cause du poids, du volume et des performances du matériel à l’époque. Ils ont toujours été demandeurs d’innovations, et petit à petit, grâce à ces nouveaux matériaux, on commence à entrevoir de nouvelles possibilités ».

Alors qu’une voile-sellette pesait une petite dizaine de kilos il y a dix ans, aujourd’hui, à niveau de performance égal, il existe des voiles-sellettes qui pèsent moins d’1,5 kg : « ces voiles tiennent dans 1,5 litre de volume. Elles tiennent donc grosso modo dans une banane. Pour comparer à ce qui se faisaient avant, on se retrouvait avec une voile qui pesait entre 5 et 7 kilos, accompagnée d’une sellette de 4 ou 5 kilos. On était donc sur un total de 13kg et il n’existait rien de plus léger ».

Un exemple frappant de cette évolution est ce parapente de moins d’un kilo (autant dire : ultra-ultra léger) qui annonce de bien belles hybridations entre les sports outdoor.

Si les voiles et sellettes ont perdu des grammes, c’est aussi vrai pour tout le matériel de montagne : l’allégement des chaussures, des piolets et des sacs à dos ouvre de nouvelles possibilités aux alpinistes, s’enthousiasme Julien Irilli. « Le matériel que j’utilise dans mes enchaînements se rapproche du matériel d’un traileur. Je n’ai donc maintenant que du matériel dérivé de la course à pied et du trail : je mets des vestes avec membrane qui ne font même pas 100g. Je cours avec des chaussures de trail Sense, des chaussures adaptées à la course à pied et avec des bâtons en carbone. Je gagne du poids et de la facilité d’utilisation en supprimant l’encombrement. Cette solution est donc hyper intéressante, et je gagne même de l’isothermie parce que ces produits sont parfois plus chauds que ce que nous avons traditionnellement l’habitude d’utiliser lors de la pratique de l’alpinisme ».

Christophe Dumarest, alpiniste professionnel et guide de haute montagne a pris la voie des airs il y a une année. « Le parapente amène du fun. Il amène des images, de la vitesse et du ludique. Faire un pas dans le vide et aller vers quelque chose de nouveau, que je ne connaissais pas. Aller vers de nouveaux enseignements et de nouvelles pratiques, pour sortir un peu de ma zone de confort. Je voulais aussi m’ouvrir à ce monde très étonnant qu’est celui de l’air. C’est pour moi une nouvelle dimension de la montagne et de l’aérologie et même de la météorologie ».

Le parapente lui « a permis de redécouvrir les sentiers de la maison, en profitant de la proximité de mon lieu de vie autrement. Je pense que je n’ai jamais autant marché et autant sillonné les chemins de moyenne montagne que depuis que je fais du parapente. Et accessoirement ça m’a permis de gagner une très bonne condition physique. Ça permet aussi de redescendre vers le ‘monde d’en bas’ presque de manière instantanée ! S’échapper plus vite de la montagne par les airs, réduit parfois considérablement le temps de présence dans des environnements qui sont quelquefois hostiles, dans lesquels il peut y avoir des dangers ».

©Christophe Dumarest

Pour bien comprendre comment ces athlètes utilisent les nouvelles possibilités qui leurs sont offertes, il suffit d’écouter Julien Irilli raconter l’un de ses récents trips mixant alpinisme et parapente : « Ce périple m’a fait partir de Chamonix vers 8h du matin. J’ai décollé à l’Aiguille du Midi, je me suis posé au pied de la face Nord des Grandes Jorasses, à midi j’étais à l’attaque de la voie. A 15h30 j’étais en haut. J’ai pu boucler la boucle en quelques heures en redécollant de nouveau pour me poser à Chamonix. Tout ça grâce au matériel moderne qui nous permet de nous déplacer rapidement ».

Texte : Anouchka Noisillier et Guillaume Desmurs


Cet épisode a été créé avec le soutien de Salomon
– La montagne light & fast –
Julien Irilli, alpiniste et parapentiste professionnel et athlète Salomon, exprime l’approche multi-sport, créative et surprenante, du sport outdoor de haut-niveau moderne. Pour pratiquer sa passion, Julien utilise le matériel le plus léger et le plus performant que Salomon conçoit pour la montagne et le trail running.

Un peu de lecture

Cette thématique est reprise dans le très bon MKSport #8


Archives

Parapente Mag
Il y a 30 ans, le 26 septembre 1988, Jean-Marc Boivin était le premier homme à décoller de l’Everest

S1 Episode #3 – Business de l’outdoor et développement durable : sont-ils compatibles ?

S'abonner via iTunes
S'abonner via Soundcloud
S'abonner via Spotify
S'abonner via Deezer
S'abonner via YouTube

 

La réponse est : pas vraiment. Et ce sont des spécialistes qui le disent. Le développement durable a beau être l’un des thèmes principaux de la communication des marques d’outdoor, la réalité est têtue. Il faudrait un changement radical pour que business de l’outdoor et développement durable soient vraiment compatibles…

Le textile serait, selon certaines études, la deuxième industrie la plus polluante au monde après le pétrole et ces dernières années des rapports ont pointé du doigt la pollution directement liée aux vêtements outdoor. L’industrie de l’outdoor a réagi, ayant bien conscience que son terrain de jeu devait être préservé. Mais entre le green washing (comme par exemple ce duvet recyclé qui fait trois fois le tour de l’Europe et deux fois le tour du monde) et les actions concrètes (l’allongement de la durée de vie des vêtements grâce à la réparation), il est difficile de s’y retrouver. Et surtout, on ne pose jamais la question qui fâche : le business de l’outdoor n’est-il pas en train de courir derrière le mirage du développement durable ?

Réparation du zip par une couturière dans les ateliers de réparation Green Wolf. ©Nathalie Ecuer
Réparation du zip par une couturière dans les ateliers de réparation Green Wolf. ©Nathalie Ecuer

Benjamin Marias, membre de l’agence Air Coop et consultant sur la question auprès de nombreuses marques de l’outdoor, estime que : « le modèle économique tel qu’il est fait aujourd’hui n’est clairement pas compatible. Produire autant de produits à l’avance, les envoyer à l’autre bout du monde, les vendre le plus massivement possible (…) ce n’est pas suffisant ».

De plus, aujourd’hui, la plupart de nos actions se résument à la réduction de nos impacts écologiques, ajoute-t-il. La clé est de passer d’une économie de réduction d’impact à une économie créatrice d’impact positif. Il cite l’exemple de Grown Skis, fabriqués à partir de chanvre et de bois, cultivés en Italie et produit en Allemagne. « Ici, le ski est régénérateur dans le sens où lors de sa fabrication, le chanvre capte plus de CO2 que le ski n’en émet ».

Le changement ne pourra venir que d’une modification du modèle de production globale et pas seulement à l’échelle de l’outdoor, car selon Benjamin, « c’est possible de mettre au coeur de son modèle économique une dimension écologique et sociale. Sans vision, on continuera à suivre le chemin sur lequel on est ».

Sur le GR20, vallée d'Asco en Corse. ©Guillaume Desmurs
Sur le GR20, vallée d’Asco en Corse. ©Guillaume Desmurs

« Je fais le constat un peu amer que nous sommes une génération d’écolos et de responsables développement durable qui a collectivement failli à sa tâche. Il n’y a pas de radicalité dans les mesures mises en place. On est devenus très bons à être mauvais », renchérit Stewart Sheppard, consultant en développement durable pour le fabricant Gore-Tex.

Sustainability vs Outdoor industry - Stewart Sheppard
Sustainability vs Outdoor industry – Stewart Sheppard

Selon lui, même le recyclage n’est pas efficace, car « on a beaucoup de difficultés à recycler. Il existe des initiatives qui sont très intéressantes, au niveau des chaussures, des vestes, avec des marques qui font des trucs géniaux, mais on est de l’ordre de 1% de recyclage, voire 0,1% par rapport au volume global de production du produit. Aujourd’hui on n’arrive même pas à recycler tout ce qu’on produit en tant que déchets ». Une belle histoire à raconter mais un effort infime par rapport à la quantité de matériaux utilisée. « Nous ne sommes même pas capables de recycler nos déchets », ajoute-t-il.

 

Schéma 2 Solutions - Stewart Sheppard
Schéma 2 Solutions – Stewart Sheppard

Du côté des solutions, il suggère aux marques de se questionner sur la possibilité de rester profitable sans pour autant être obligé d’accroître la production, avec des solutions de locations ou de leasing de matériel. Le consommateur, lui, peut suivre cette petite philosophie de poche : « acheter moins, payer un peu plus et garder plus longtemps« . Stewart se base sur une étude de l’université de Cambridge qui estime que si on gardait nos vêtements neuf mois plus longtemps, cela aurait un impact positif sur l’environnement.

Garder ses vêtements plus longtemps est aujourd’hui la solution la plus simple et la plus efficace à notre portée à tous. Fabrice Pairot de Fontenay le sait bien puisqu’il a crée l’atelier Green Wolf, situé à Servoz (près de Chamonix), où il répare avec son équipe de couturières les vêtements techniques. « On a participé à une étude qui visait à évaluer si l’aspect réparation était plus intéressant que l’échange et la vente. C’était une étude très large parce qu’elle touchait plusieurs secteurs dont l’automobile. Il était clairement montré que plus on fait durer son vêtement plus réduit son impact sur l’environnement, c’est aussi simple que ça ».

Green Wolf assure le service après-vente de grande marques (mais aussi pour les particuliers) pour donner une seconde vie à une veste en parfait état dont seul le zip est cassé, par exemple. En moyenne, il assure plus de 200 réparations par mois, avec un pic de commandes en hiver. « La plus grande fierté qu’on peut avoir, c’est l’évolution – de mentalité – des marques. Au départ quand une marque venait nous voir, elle pensait qu’il n’y avait que quelques éléments de réparable dans un produit, puis on lui disait ‘mais ça aussi c’est réparable, il ne faut surtout pas le jeter !’ Il n’y a quasiment pas de limites à la réparation« .

Dans l'atelier de réparation Green Wolf. ©Nathalie Ecuer
Dans l’atelier de réparation Green Wolf. ©Nathalie Ecuer

Liv Sansoz est une alpiniste professionnelle et active dans l’association Protect Our Winter : elle est au coeur de notre problématique. Comme elle le montre au quotidien, elle estime que chacun doit agir à sa mesure. « J’ai envie d’être optimiste et dire que oui, ça sera possible dans une certaine mesure. Mais globalement, tant qu’on envisage de faire du profit, on ne s’inscrit pas dans quelque chose de durable. Je pense qu’il y a des gens qui vont faire évoluer les choses et j’ai envie de croire qu’on va pouvoir aller vers quelque chose de plus durable, avec moins d’impact et que tout le monde s’en portera mieux. On vit dans un monde qui ne va pas dans le bon sens et qui en plus s’accélère. Là on a déjà dépassé des seuils irréversibles.

Je ne peux qu’encourager les amoureux de la montagne et de la nature à faire ce qu’ils peuvent, parce que ne rien faire c’est être complice, par défaut ».


Cet épisode a été créé avec le soutien de Salomon

« Ce qui nous motive, c’est d’enrichir la vie des gens en leur permettant de jouer dans la nature.
Nous menons une vie trépidante où il est bien souvent difficile de se ménager des moments de jeu. Chez Salomon, notre modeste contribution à ce défi consiste à inciter les gens à prendre du temps pour jouer (« Time to Play »). Nous sommes joueurs, mais nous sommes conscients que nous devons jouer de manière responsable.

Ce sentiment de responsabilité nous pousse à nous engager envers :
• Les Joueurs, qui sont l’essence même de nos communautés.
• Les Meneurs de jeu, qui rendent nos jeux possibles en imaginant, en concevant et en fabriquant nos jouets.
• Le Terrain de jeu, où nous vivons nos expériences et qui doit donc être entretenu et protégé.
• Les Jouets, les produits qui nous permettent de vivre ces moments de joie et d’expression et que nous nous efforçons de créer en restant fidèles à nos valeurs.

Tout cela renforce notre volonté d’instaurer un programme de durabilité avec des objectifs clés pour 2025.
Notre priorité : l’information.
Notre but est de transmettre des connaissances, des solutions et de l’€inspiration pour jouer dans la nature de manière plus responsable. »
+ d’infos…

Découvrez les aventures de Liv Sansoz ici

 

Quelques chiffres pour aller plus loin dans la réflexion

L’industrie textile

70% de notre garde-robe ne serait pas portée… Un gaspillage très nuisible sachant que, selon une étude britannique, nous achetons environ 20 kilos de vêtements neufs chaque année et que chaque article contribue à hauteur de 20 fois son poids aux gaz à effet de serre.

700 000 tonnes de vêtements consommés en France chaque année.

80 milliards de vêtements sont fabriqués chaque année dans le monde.

12 kilos de vêtements sont jetés tous les ans par chaque Français.

Pollution

70% des cours d’eau en Chine sont pollués à cause de l’industrie textile. Sur son site, l’ONG Greenpeace rappelle que les substances provenant des textiles et rejetés dans l’environnement pendant la fabrication du vêtement sont bien souvent toxiques

70 millions de barils d’essences sont nécessaires pour la production de polyester chaque année.

1 cargo de transport de marchandises = 50 millions de voitures

2500 litres d’eau sont consommés pour fabriquer un tee shirt de 250 grammes.

10% de la consommation mondial de pesticides est engloutie par la production de coton.

S’engager pour le futur

Programme "ACT for the Outdoors" de OSV
Programme « ACT for the Outdoors » de OSV

10 pistes pour réduire notre impact environnemental
10 pistes pour réduire notre impact environnemental

Article Forbes Polartec

Awayco - Location de matériel outdoor
Awayco – Location de matériel outdoor

The Intercept - A message from the future
The Intercept – A message from the future

S1 Episode #2 – Le ski de rando, retour aux sources

S'abonner via iTunes
S'abonner via Soundcloud
S'abonner via Spotify
S'abonner via Deezer
S'abonner via YouTube

Le ski de randonnée a pris une trace surprenante depuis environ cinq ans. Les équipementiers fabriquent du matériel innovant, plus léger, plus agréable, plus confortable. Les domaines skiables ouvrent des itinéraires balisés et sécurisés pour s’initier.

Ainsi, la randonnée change de visage, devient plus accessible, avec un vrai plaisir de glisse. Des nouveaux arrivants découvrent les plaisirs de la montée et cela se reflète sur les chiffres du marché de la randonnée, qui connait des croissances annuelles à deux chiffres, alors que le ski alpin stagne.

© Guillaume Desmurs
© Guillaume Desmurs

Le boom de la randonnée reflète sans aucun doute une tendance sociétale de sport-santé et de recherche de bien-être.

« Tout tourne autour du bien-être, j’appelle ça les hipsters outdoor »,
explique Enak Gavaggio, randonneur à ses heures perdues.

Bien sûr, le ski de randonnée est l’origine du ski, à l’époque où il n’y avait pas de remontées mécaniques il fallait bien remonter les pentes à la force des mollets.
Aujourd’hui, ce mode de déplacement revient en force modernisé, allégé, facilité.

Qu’est-ce qui motive ces nouveaux pratiquants de ski de randonnée ? Pourquoi cette petite révolution de la glisse se déroule-t-elle maintenant ? Quels sont les facteurs qui expliquent cette épidémie de lever de talon ?

© Nathalie Ecuer
© Nathalie Ecuer

Avec : Gino Decisier (créateur de Community Touring Club et de l’évènement Big uP& Down), Enak Gavaggio (skieur professionnel, co-créateur de Rancho), Romain Raisson (athlète professionnel et consultant pour Salomon), Christophe Lavaut (directeur de l’Office du Tourisme de Combloux), et les randonneurs de l’Echappée Rando (Bertrand, Romain, Christian).

Un podcast réalisé par Guillaume Desmurs, produit par Gino Decisier, avec Nathalie Ecuer (chef de projet), Jérémy Rassat (musique et mise en ondes) et Pierre Seydoux (illustrations).


Pour continuer l’expérience :

Community Touring Club est un écosystème dédié à faciliter l’accès à la randonnée : guide des stations, test matériel, reportages… Rejoignez la communauté ⇒ www.communitytouringclub.com

Débutant ou non, on se retrouve tous les mercredis à Combloux pour l’Echappée Rando.

Le Big uP&Down, c’est l’événement qui rassemble toutes les pratiques et tous les pratiquants de l’univers « ski de rando », ouvert à tous les niveaux (débutants ou experts), tous les ages.

S1 Episode #1 – Qui est le néo-grimpeur ?

S'abonner via iTunes
S'abonner via Soundcloud
S'abonner via Spotify
S'abonner via Deezer
S'abonner via YouTube

Les salles urbaines de bloc sont en train de transformer l’escalade.
Utilisées auparavant comme terrain d’entrainement avant d’aller grimper en falaise, les salles d’escalades se modernisent, s’équipent et deviennent des lieux de vie avec restaurant, boutiques et ambiance conviviale. Une nouvelle génération arrive sur le terrain vertical, et n’a pas forcément envie d’aller grimper dehors…
A quoi ressemble ce néo-grimpeur ? Quelles sont ses motivations ? Comment l’escalade change-t-elle sous son influence ?

Avec Erwan Marjo (directeur de la salle Arkose Nation/Paris), Valentin Bon (Monsieur Conseil à Arkose Nation), Lucie Ini (pratiquante à Arkose Nation), Baptiste Dherbilly (ouvreur à Corti Grimpe/Annecy), Nicolas Pyanet (co-boss de Bloc-Trotters/Annecy, en photo ci-dessus).

Un podcast réalisé par Guillaume Desmurs, produit par Gino Decisier, avec Nathalie Ecuer (chef de projet), Jérémy Rassat (musique et mise en ondes) et Pierre Seydoux (illustrations).

A lire ou à relire:

« Arkose : une ascension éclair« , Le Point

Article Le Point Arkose 29 04 2019

« L’escalade indoor », MK Sport #5