Episode #5 – Le risque zéro existe

S'abonner via iTunes
S'abonner via Soundcloud
S'abonner via Spotify
S'abonner via Deezer
S'abonner via YouTube

 

Quand Tony Lamiche lance : « le risque zéro en montagne existe ! », cela prouve d’abord qu’il a un joli talent de provocateur (et de pédagogue) mais aussi que la gestion du risque en montagne est un sujet complexe ! Pas de mode d’emploi. Pas de vérité absolue. Alors que les marques vendent du fast&light et qu’un post Instagram peut peupler un pic, la montagne, elle, ne change pas. C’est un terrain hostile dans lequel nous devons être responsable. Trois guides aux profils très différents nous livrent leur vision et leurs conseils sur la gestion du risque…

« En montagne, en tant qu’alpiniste et guide, on est obligé d’être confrontés au risque, mais aussi de le gérer. On devient donc des gestionnaires du risque, c’est notre métier. On se doit de comprendre ce qui peut nous arriver en cas d’accident : soit à cause d’une menace, soit à cause d’une erreur. Il faut toujours se laisser du temps et de la marge pour garder un coup d’avance. La montagne est un terrain complexe, assez flou, mais qui reste clair pour ceux qui ont conscience du risque. Ils savent mettre l’accent sur ce qui est important de voir, au moment où c’est important de le voir. Et ça, c’est une chose qui s’apprend », explique Tony Lamiche qui vient de sortir sa webserie « Le Guide MicheLa », une petite révolution dans la façon de parler du risque en montagne.

Tony continue à cheminer dans son argumentation et insiste sur l’importance de l’intuition : « C’est quelque chose qui se perd complètement. De nos jours, on a besoin de concret, on apprends surtout à faire des choses techniques. Il nous faut du concret et des chiffres. Mais de savoir repérer la bonne menace au bon moment, ça ne s’apprend pas. C’est notre cerveau intuitif, notre cerveau d’indien qui est important. Il n’y a pas de codes en montagne, il faut avoir l’oeil. »

On n’interdit pas un escalier

Prenez un athlète professionnel signant une réalisation spectaculaire… il y a des chances pour qu’il prenne en réalité moins de risques qu’un amateur qui se sera engagé sur un chemin mal équipé et mal renseigné. Pour l’expliquer, Tony Lamiche compare la montagne à un escalier : « L’escalier en soi n’est pas un danger, il ne va pas nous tomber dessus ou nous faire tomber. Il représente le chemin que l’on a à parcourir. Quand on est assis en haut de l’escalier, à l’arrêt, on est en sécurité. Si personne ne nous pousse, on ne va pas tomber, on ne va pas rouler, on est en situation de tranquillité. A ce moment-là, le risque zéro existe, il n’y a aucune probabilité que l’on tombe. Mais à partir du moment où on se met debout, et que l’on marche dans cet escalier, on accepte de rentrer dans une zone à risque et de gérer le risque. Les probabilités pour que je tombe dans un escalier sont très faible si mon niveau technique est assez élevé, si l’escalier n’est pas savonneux, si je suis réveillé etc … Un enfant, lui, n’a pas le niveau de technique suffisant, on va le parer et mettre une barrière en haut. Une personne âgée, on va aussi l’accompagner parce qu’elle a moins de niveau physique donc plus de probabilités de tomber. Mais on ne va pas interdire l’escalier à un adulte parce qu’il pourrait tomber dedans. »

Lorenz Frutiger ©Mathis Dumat Lorenz Frutiger ©Mathis Dumat

Allez dehors !

Lorenz Frutiger, guide à Grindelwald en Suisse considère qu’il est important de laisser l’accès libre à la montagne pour faire ses premiers pas et apprendre la gestion du risque : « C’est important que tout le monde ait la possibilité d’aller en montagne et d’apprendre de ses erreurs. C’est comme ça que l’on progresse. Apprendre avec un professionnel permet de poser beaucoup de questions, de connaître son avis sur les conditions et sur certaines situations. Mais c’est en pratiquant qu’on apprend le plus, alors ouvrez les yeux et allez dehors ! ».

Sans oublier le temps… et la patience : « On ne peut pas apprendre de notions fixes sur la gestion du risque car c’est trop complexe. Il faut surtout passer beaucoup de temps en montagne. Ce qui change la donne lors d’un accident, c’est peut être la dynamique entre les personnes présentes à ce moment-là, mais ce sont aussi les conditions et la météo. Moi, je suis guide depuis 16 ans maintenant, et toute l’année, à toutes saisons, je continue d’apprendre des choses. Ca ne finit jamais ».

Le rôle des marques

Les fabricants de matériel de montagne ont innové en allégeant et en rendant plus simple et plus efficace l’utilisation de tous les outils nous ouvrant les portes de la montagne (vêtements, chaussures, cordes, crampons, quincaillerie, sac à dos, etc.). Ont-ils une responsabilité ? Tony Lamiche en est convaincu : « Cette problématique s’est très vite posée. Les marques proposent du matériel, mais il faut l’accompagner avec de l’éducation. Nous avons réfléchi à cette question avec Romain Raisson, qui a eu les mêmes questionnements au sein de Salomon dans la catégorie Freeski. On voit des vidéos avec des gens qui envoient en montagne avec notre matériel, sans forcément avoir de bonnes connaissances de la montagne. Alors nous avons monté des formations et créé du contenu pour essayer d’éduquer. S’il est important que la marque s’implique, elle ne doit être la seule : les consommateurs doivent se questionner sur leur propre implication ».

Marque, pratiquants mais aussi athlètes : chacun a sa part de responsabilité dans la gestion du risque. Prenez Michel Lanne, traileur de haut (et grand) niveau, guide et secouriste au PGHM. Il est en première ligne sur la question : « On ne peut pas balancer de nouvelles tendances ou de nouveaux produits comme la Fast & Light et dire « on vous pose ça là, débrouillez-vous ». Au même titre que moi en tant qu’athlète, je ne peux pas poster des images de moi courant sur des arêtes sans ajouter de message de sécurité. Sans expliquer pourquoi j’ai pris tel matériel, pourquoi je vais à tel endroit, ce jour précis, à cette heure précise. Nous, athlètes, nous sommes là pour vous dire que même si cette paire de ski est géniale et qu’elle vous permettra de sauter de super barres rocheuses, il vous faudra apprendre à sauter la barre rocheuse. »

Au-delà du sourire, la formule de Tony sur le risque zéro doit nous amener à réfléchir à la question du risque en montagne : Comment l’apprendre ? Comment progresser ? Comment adopter un comportement responsable ?

Texte : Anouchka Noisillier et Guillaume Desmurs


Cet épisode a été créé avec le soutien de Salomon
Tony Lamiche est un athlète Salomon, et sa web-série, « Le Guide MicheLa », est un bijou de pédagogie. Elle permet d’exposer plusieurs points de vues pour répondre aux interrogations autour de nos pratiques en montagne. Ouvrir le débat, échanger et essayer de comprendre nos comportements et nos prises de décisions en milieu « outdoor ». A découvrir ici !

 

 

Formez-vous aux bons réflexes !

Mountain Academy on Snow maos.salomon.com

Mais aussi… L’ANENA, la Chamoniarde, le bureau des guides près de chez vous, le CAF, la FFME, etc.


Leave a Reply

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *